Une expérience avec les anciens

Le terme « anciens » évoque trois sens : « doyens », ensuite « qui ont un certain âge », puis « vétérans de l’armée.

Dans le nouveau testament, quand on parle d’anciens, cela désigne un responsable de l’Eglise, un évêque y inclus sa charge de faire paître l’Eglise de Dieu ou Pasteur (Ac. 20, 28). C’est un sage.

Logiquement, les anciens, ce sont des personnes qui ont un certain âge. Ils ont fait preuve de certaines expériences dans leurs vies que les plus jeunes ne connaissent pas encore.

En Afrique par exemple, les anciens qu’on appelle aussi les « sages », racontent de belles histoires qui sont éducatives aux plus jeunes. Ces histoires leur servent de leçons à retenir et deviennent des lignes directives en même temps ce sont des exemples qui leur permet une conduite à tenir. Les anciens sont des héros qui, par leur manière de vivre, deviennent des exemples à imiter. Si on a une bonne foi, les anciens aident beaucoup à l’éducation en plus de celle des parents.

Dans notre contexte de vie religieuse, au lieu de parler d’anciens, je trouve mieux le terme d’aînées. C’est juste pour un titre honorifique à cause de leur vécu. De génération en génération, il y a beaucoup de changements dans notre mode de vie qui coïncident avec l’évolution de la vie et qui peut se ressentir comme un genre de révolution car les comportements ne sont plus les mêmes.

Les années 1990-1992 furent ma première expérience de vivre avec nos aînées. Je revenais d’Afrique où je n’ai connu que la jeunesse. Leur souvenir m’est resté agréable à cause de leur témoignage : tel que le goût de vivre sereinement en se donnant entièrement dans leurs tâches quotidiennes avec persévérance quelle que soit la grandeur. Elles racontaient souvent comment elles vivaient à telle période, comment il fallait aussi se comporter. A cette époque il ne fallait même pas parler à l’exception du temps de la récréation.

La simplicité dans leur façon de vivre, d’être, avec un esprit d’écoute est édifiante.

La sérénité se lit souvent sur leur visage comme pour dire que la vie continue malgré le temps qui passe. Il y a une communication extraordinaire qu’elles vivent par leur façon d’être : le geste, la parole et même la prière. Sans oublier l’humour !!!! Qu’est-ce qu’on a ri plusieurs fois pour l’humour de certaines de nos aînées qui nous égayent autant. Qui va oublier par exemple : « on n’est pas des imbéciles, on a même de l’instruction, au lycée papa, au lycée papa, au lycée papillon…. » ? Inoubliable on a vraiment vécu des bons moments….

Actuellement, je travaille dans la Maison de retraite Quincy-sous-Sénart (91480), dans l’unité Alzheimer (personnes qui ont des troubles cognitifs importants perdus dans l’espace et dans le temps) c’est à dire elles ne savent plus se situer par rapport au temps ou nous sommes, ou bien ne se souviennent plus des membres de leurs familles, ne connaissent plus les événements etc… Cela dépend du degré dont elles sont atteintes. Malgré leur état de vie, il se passe des belles choses que nous vivons ensemble dans mon lieu de travail.

Voici quelques témoignages :

Une de nos aînées que j’ai eu la chance de soigner jusqu’au bout, dans l’état où elle était, avait l’impression de faire de l’épluchage, de la cuisine pour toutes les personnes qui étaient autour d’elle et pour celles qui étaient dans les étages. De temps en temps, on chante. Comme elle aimait chanter, autrefois elle dirigeait une chorale. Elle refaisait les mêmes gestes comme pour faire chanter ses sœurs et s’il y a la prière, on la voyait tout de suite se concentrer dans la profondeur de son cœur.

Pour une autre : celle-ci fut infirmière et missionnaire en Algérie. Elle a 106 ans. Elle se souvient de beaucoup de choses. Quand elle se met à réciter les poèmes, c’est sans arrêt sa récitation, sans se tromper ; pareil pour le chant, de même pour la prière. Cela peut durer des heures et des heures. Avec ses troubles cognitifs, elle se plonge facilement dans le passé pour nous faire revivre ses beaux souvenirs et nous en profitons. Elle récite souvent le chapelet toute seule, et le magnificat.

La rencontre

Personnellement, chaque fois que je dispense mes soins à nos aînées, je les rencontre. Le matin au réveil, devant la porte je frappe avant d’entrer dans la chambre. Je salue, je prends des nouvelles pour savoir comment la nuit s’est passée. Puis je propose mes soins : toilette, habillage, repas, réfaction du lit, ordre dans la chambre, aide à marcher, je mets la personne à l’aise. Je me rends disponible à l’écouter pour tout ce dont elle a besoin.

Après le déjeuner, c’est la détente. C’est un moment fort où l’on se retrouve ensemble pour les différentes activités : jeux au ballon, au scrabble, au domino, la lecture à haute voix, le chant… La journée se termine par le dîner et le coucher.

C’est merveilleux, tous ces contacts avec les aînées me permettent une présence au monde par ces  rencontres très diverses.

Nos aînées sont ce qu’elles ont été dans leur jeunesse, spécifiquement dans le cadre de la vie donnée à Dieu : le zèle pour servir Dieu chacune exerçant ses dons (charismes) pour l’unité commune.

Nous pouvons rendre grâce pour leur vie donnée, livrée, l’amour de leur vocation et surtout le service rendu dans l’Eglise grâce à leur engagement sans réserve par un oui. Magnificat.

Sœur Marie-Françoise MALIRO MATUMAINI, Orante de l’Assomption

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Editorial

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