Retournés du camp de Gaoui au Tchad

Un projet partagé avec et pour les Retournés du camp de Gaoui au Tchad.

La recrudescence de violence en République Centrafrique en décembre 2013 a eu un impact important sur les pays voisins, en particulier sur le Tchad. Entre la fin de 2013 et février 2014, plus de 113 000 personnes, Centrafricains et Tchadiens revenus au pays, ont cherché refuge dans la capitale tchadienne, ainsi que dans les camps et les villages du sud du pays. Surnommés les « Retournés de Centrafrique », 5 200 réfugiés  se sont installés dans le camp de Gaoui, à une quinzaine de kilomètres de N’Djamena.   La majorité des personnes retournées sont des femmes et des enfants. Beaucoup portent les séquelles des traumatismes qu’elles ont vécus lors de leur fuite. Bien accueillis par la population locale, les Retournés ont été aidés à leur arrivée par plusieurs Organisations Humanitaires. Mais celles-ci se sont retirées peu à peu, les laissant dans une situation très préoccupante. 

Les Religieuses de l’Assomption ont un lycée-collège de filles dans la périphérie de N’Djamena. Au cours de l’année scolaire 2014-2015, un groupe de 4e motive la classe tout entière ainsi que leurs enseignants pour visiter les enfants et les adolescents du camp de Gaoui. Elles n’y vont pas les mains vides. Avec une partie de leur argent de poche et de l’argent donné par leurs parents, les élèves achètent des fournitures scolaires et du matériel pour des activités ludiques ainsi que des friandises. Dans le camp elles proposent aux enfants des jeux et du soutien scolaire.  Elles veulent établir des relations d’amitié, partager les joies et les souffrances de ces enfants qui ont connu très tôt les effets dévastateurs de la violence et de la misère. Bien vite les visites leur font découvrir la situation réelle dans laquelle vivent les Retournés de Gaoui. L’aide alimentaire n’est pas donnée régulièrement, la presque totalité des 700 abris est dans un état de délabrement avancé à cause des pluies, 200 sont totalement détruits. Il n’y a pas de Centre de santé, le plus proche est à 3 km et les frais pour les soins et l’achat des médicaments prescrits dépassent les possibilités financières de la plupart d’entre eux.

Un rapport de l’OCHA décrit dans les détails ce que les élèves découvrent avec consternation : « L’accès des retournés de Gaoui à l’eau potable est problématique car sur les 14 forages construits par UNICEF sur le site, seulement huit sont fonctionnels. … En hygiène et assainissement, la situation est très dégradée. Sur les 100 latrines construites par UNICEF, 30 sont détruites et les 70 autres en mauvais état. L’absence de drainage des eaux usées et des eaux de pluies expose la population du camp au paludisme et épidémies tels que le choléra ».(Rapport de l’OCHA de 2016).             Les salles de classe de l’école primaire créée par l’UNICEF sont aussi en mauvais état ; beaucoup d’enfants ne sont pas scolarisés. La non scolarisation des enfants les expose aux problèmes de protection et pose la question de leur réinsertion à long terme dans la société tchadienne. Les femmes se regroupent pour tenter de mettre en route des activités lucratives, mais sans moyens pour pouvoir démarrer un petit commerce, elles sont vite bloquées.

En 2015-2016 d’autres classes du Lycée-Collège Notre Dame de l’Assomption de N’Djamena se joignent aux 4e pour visiter les enfants retournés. Sœurs, enseignants et élèves, tous ont conscience que ce qu’ils apportent est dérisoire par rapport aux besoins réels des Retournés, mais une visite de Sr Martine, alors Supérieure Générale des religieuses de l’Assomption, leur fait entrevoir la possibilité de faire bien davantage. Sr Laetitia avec les élèves et l’équipe éducative élabore un projet à partir des demandes exprimées par des familles du camp et demande  une aide financière au Bureau Général de la Solidarité, qui est à Paris. Celui-ci le propose au réseau des Etablissements scolaires « Assomption France ». Un partenariat à trois se met ainsi en place. Les élèves français organisent au cours de l’année 2016-2017 des activités qui leur permettent de collecter de l’argent  et restent en contact avec ceux du Tchad. Le résultat est surprenant. Dans une vidéo du 17 novembre 2017 montrant la fête organisée pour la fin du projet, on y découvre les résultats obtenus : construction de 21 nouvelles latrines, remise de 10 enveloppes de 15.000 FCFA à des femmes qui veulent démarrer une modeste activité lucrative, achat de 10 machines à coudre, du tissu, de la laine et même des machines pour fabriquer des « macaronis ». Dans le domaine de l’instruction des enfants, du matériel didactique et d’équipement est remis à l’école primaire qui a aussi bénéficié de la réhabilitation des 4 salles de classe et du bureau. Au-delà de l’aspect matériel, il y a une belle expérience vécue par les uns et les autres, faite de rencontres fraternelles, de brassage culturel respectueux des différences, d’écoute et de créativité, de solidarité et entraide, d’efforts partagés. 

La pandémie récente du Covid-19 a freiné l’élan déclenché par la réalisation de ce projet partagé ; les visites au Camp de Gaoui, n’ont pas pu continuer à cause du confinement, mais ce que cette expérience a semé dans la vie de ceux et celles qui l’ont vécue et partagée aux delà des frontières raciales, culturelles, religieuses et géographiques, continuera sûrement à porter de bons fruits.

 Sr Claire Myriam, r.a.

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