La dignité des Êtres Vivants

On peut considérer, à la suite du théologien Jürgen Moltmann (1988), la dignité des êtres vivants comme l’expression de leur valeur intrinsèque. Dire que tous ont une valeur ne signifie pas que tous aient une égale valeur. Il est, dès lors, possible de conjuguer la reconnaissance de la spécificité humaine avec celle de la dignité de tous les êtres. Aujourd’hui apparaissent clairement les limites d’un anthropocentrisme qui minimise les relations d’interdépendance entre tous les êtres vivants. Une conception faiblement anthropocentrée, compatible avec la foi chrétienne, demande d’accorder un primat à la préservation des  équilibres biosphériques afin de préserver la vie humaine en eux.

Telle est bien la perspective adoptée par François dans l’encyclique Laudato Si : le Pape critique l’anthropocentrisme déviant,  en reconnaissant que « la fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous » (n°83), et invite à concevoir la place spécifique de l’être humain dans la Création comme celle de prendre soin de notre demeure commune en « respectant la bonté propre de chaque créature » (N°69).

Du retrait de Dieu au panenthéisme

Les conceptions juive et chrétienne introduisent l’idée d’une création ex nihilo et insistent sur le mouvement créateur comme l’inauguration d’une relation d’altérité. Selon la kabbale juive, le tsimtsoum est le retrait de Dieu Créateur : Dieu crée de l’autre, il choisit de ne pas prendre toute la place, il se retire et se retient, sa puissance s’exerce dans l’autolimitation. En même temps, Dieu se fait présent au cœur de la Création. Dieu accompagne les hommes, et se révèle comme Dieu sauveur au sein de l’histoire d’Israël, dans une relation appelée à être réitérée dans l’histoire de l’humanité. Cette présence culmine pour les chrétiens dans le mystère de l’Incarnation, foi en un Dieu fait chair (Jean 1), inscrit dans la chair du monde ; plusieurs approches récentes indiquent combien le Christ cosmique décrit par Saint Paul, par exemple dans l’épître aux Ephésiens, est la figure ultime de la présence divine, discrète et universelle. Cette présence qui ne s’impose pas est paradoxale. Elle laisse à l’être humain une autonomie et une responsabilité immenses vis-à-vis du créé, tout en lui donnant une finalité à reconnaître et à viser: le Royaume de Dieu en tous, la Création transfigurée.

En ce sens, le théologien Karl Rahner parle de la loi fondamentale par laquelle autonomie et dépendance à l’égard de Dieu croissent dans le même sens.

Cette relation à Dieu offerte et cherchée à travers tout élément de la création et dans toute action au cœur du monde est parfois définie comme panenthéisme, à distinguer du panthéisme : Dieu n’est pas la création mais il est présent dans toute sa création. La perspective  orientale et orthodoxe insiste sur cet aspect, que ce soit par les énergies divines dans la création selon Maxime le Confesseur ou par la doctrine des énergies incréées dans la création de Grégoire Palamas au XIVème (Egger 2012). Leonardo Boff a également contribué à développer cette perspective dans la théologie catholique. Cette conception est indissociable d’une reconnaissance de la sacralité du monde, dont Jean de Pergame fut un chantre, comme le patriarche orthodoxe Bartholomée Ier aujourd’hui. A cet égard, de telles positions sont à la fois théo-centrées et éco-centrées.

Extrait de 3 c 2 L’enseignement social de l’Eglise » par Cécile Renouard dans « Vers une Éco-Assomption ».

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