Je te le dis : lève-toi

Réflexion sur l’évangile de Marc 5, 41

Elizabeth Green

Elizabeth Green est théologienne et Pasteure de l’Union Chrétienne Évangélique Baptiste.

Le chapitre 5 de l’Évangile de Marc revêt pour nous une importance particulière, parce qu’il contient les mots qui inspirent notre travail de Talithakum : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ».

Avant d’y arriver cependant, j’aimerais réfléchir avec vous sur la construction de ce chapitre : il s’avère que nous ne pouvons pas parler de la résurrection de la jeune fille sans parler aussi de la femme qui a été guérie de ses pertes de sang. Marc veut que nous les considérions ensemble. Et qu’est-ce qui les unit ?

Eh bien, ce n’est rien de moins que la foule, qui s’agite et se presse autour de Jésus : « une grande foule s’assembla autour de lui », et « la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait ». Et quand Jésus arrive enfin à la maison de Jaïre, la foule est encore là : il voit « l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris ».

Imaginez des gens qui se pressent dans un marché. Imaginez des gens qui se poussent et se bousculent pour voir quelque chose, un jour de fête, dans vos pays. Imaginez le bruit, la chaleur, les couleurs, les odeurs. Pensez à toutes les foules qui suivaient Jésus, qui cherchaient quelque chose, qui espéraient quelque chose. « Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger ».

Une foule est une réalité très physique. Et vous ne pouvez pas être dans une foule sans toucher des gens et sans que des gens vous touchent. Imaginez que vous êtes dans un train, un tram ou un bus bondé, que l’on vous pousse contre quelqu’un d’autre, que vous bousculez les autres. Être tout près les uns des autres. Donc cette foule non seulement relie les deux épisodes mais introduit le toucher, le contact humain, à l’ordre du jour. Combien de fois Marc nous dit-il que UISG – Bulletin Numéro 172, 2020 28Elisabeth Green “Je te le dis, lève-toi” la femme hémorroïsse a touché Jésus ? Elle a pensé qu’il fallait toucher Jésus, elle l’a touché, Jésus a demandé qui l’avait touché et les disciples disent « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais Jésus ne laisse pas tomber, il ne laisse pas la femme retourner dans la foule anonyme, il insiste. Le contact corporel par lequel est passée la puissance de guérison est complété par une parole : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal ».

Quand Jésus arrive à la maison de Jaïre, c’est comme s’il en avait assez de la foule, de son bruit, de sa confusion, de son incapacité à comprendre. Il les fait donc tous sortir et n’entre dans la maison qu’avec les parents de la jeune fille et ses plus proches disciples. Il n’est peut-être plus entouré de personnes qui le pressent et le bousculent mais ceci ne signifie pas que le toucher ait perdu de son importance. Que fait donc Jésus ? Il tend la main et prend celle de la petite fille. Dans le premier épisode, c’est la femme qui tend la main pour toucher Jésus. Maintenant c’est Jésus qui tend la main vers la fille de Jaïre et qui prend la sienne. Là encore le contact qui guérit est accompagné d’une parole : « Je te le dis, lève-toi ». Remets-toi debout, tu en es capable. Lève-toi, prends ta vie en main, avance. Le mal dont souffrait la petite fille la quitte et « aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans ». Nous pouvons parler de résurrection si vous voulez, mais une résurrection qui prend place au milieu de la vie, quand les choses vont mal pour nous. Une résurrection qui nous relève, nous remet sur pied, nous rend capables de reprendre là où nous nous étions arrêtés.

La foule, avec son bruit, ses odeurs, ses bousculades, sa proximité humaine dans laquelle l’espoir et le désespoir sont intimement liés, relie ces deux épisodes. Cette foule exige de nous les mêmes choses aujourd’hui. Jésus ne se décourage pas, il ne laisse pas tomber, il ne se laisse pas dépasser par l’immensité de la tâche, par le nombre des personnes dans le besoin. Il ne s’épuise pas non plus à imaginer d’énormes méga- projets, inquiet parce qu’il ne réussira jamais à les mettre en œuvre. Il se laisse simplement toucher par ceux qui le souhaitent, puis il s’arrête pour s’assurer que la guérison est complète, comme il l’a fait avec la femme hémorroïsse ; il tend la main vers ceux qui, comme Jaïre pour son enfant malade, lui demandent son aide.

Pouvons-nous voir, avec les yeux de l’esprit, comme ces deux guérisons sont d’une certaine manière parallèles entre elles ? Dans le premier épisode la femme tend la main et touche Jésus. Celui-ci s’en rend compte, il sent qu’une force de guérison est sortie de lui. Dans la deuxième guérison, Jésus tend la main et saisit celle de la jeune fille. Celle-ci a peut-être aussi senti la puissance de Jésus entrer en elle et la fortifier. Nous ne le savons pas. Et puis, dans la première guérison , la femme interpellée par Jésus tombe à ses pieds « Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds». La petite fille quant à elle était déjà allongée, morte ou endormie, et elle se lève. Il me semble donc que d’une certaine manière ces deux mouvements, tomber et se mettre debout, se complètent mutuellement. Car ne nous arrive-t-il pas d’avoir besoin de tendre la main, de toucher, et comme la femme hémorroïsse, d’être guéris ? D’autres fois nous tendons la main, comme Jésus, pour toucher les autres avec le pouvoir de résurrection de Dieu. Parfois, comme la fille de Jaïre, nous sommes touchés par un autre et nous sommes guéris, et d’autres fois nous attendons – comme les disciples dans l’ombre – que le contact avec Jésus accompagne son miracle.

Il y a un temps pour tomber aux pieds de Jésus dans la crainte et l’émerveillement et entendre de lui la parole qui nous remet en route dans la paix, et un temps pour répondre sans hésitation à l’invitation de Jésus, Talith-kum « Lève-toi », « Lève-toi avec puissance », et continuer nos tâches avec une vigueur renouvelée.

Parce que, je suis sûre que vous l’expérimentez comme moi, personne ne sait exactement de quelle manière Dieu est à l’œuvre. Mais comme nous le dit ce chapitre, Dieu est à l’œuvre, en nous et à travers nous. La compassion de Dieu pour les foules n’est pas moindre maintenant qu’au temps de Jésus. Et dans cette multitude grouillante et fiévreuse, dans les couleurs, les odeurs et le bruit qui menacent de nous emporter, Dieu tend la main vers des femmes et des hommes comme nous, sachant qu’après avoir touché et été touchés nous tendrons la main vers d’autres personnes, chacune avec son propre nom, l’histoire de sa vie, ses espoirs, ses craintes et ses besoins, afin qu’ensemble nous nous levions pour marcher, être guéris et aller en paix.

Source : http://www.internationalunionsuperiorsgeneral.org/uisg-bulletin-n-1722020/

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