Paloma sobre león 2

Culture de la Paix

Parler de la culture de la paix aujourd’hui parait une tâche judicieuse en considérant le contexte des plusieurs conflits armés qui traversent le monde actuellement. Depuis la guerre déclarée avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie en Février 2022, des menaces extrêmes planent, au risque d’extension du conflit en Europe et des conséquences sur l’humanité. Par ailleurs, des conflits sanglants avec des morts innombrables dont personne ne parle : les attaques terroristes en Afrique de l’Ouest (Nigéria, Mali, Burkina..), les massacres continue à l’Est de la RDC, les attaques meurtrières au Soudan, au Mexique etc… Face à la recrudescence de la violence entre les personnes et au niveau institutionnel des Etats, plusieurs régions sont déstabilisées.  On assiste à une fragilisation profonde et un appauvrissement généralisé des plusieurs pays car ces crises affectent le vivre ensemble, l’administration, l’environnement. Cet état de pauvreté, d’injustice, de violence génère un climat de tension permanente, voire de désespoir. Dès lors, le recours à l’armement parait le seul moyen pour restaurer la paix. La prolifération des armes participe également à entretenir la violence. Mon propos ne vise pas d’établir les causes ou les responsabilités de ces drames actuelles. La question se pose : comment passer de cette logique de la guerre à une culture de la paix ? Cette préoccupation rejoint le projet triennal de la commission JPIC- Assomption qui vise, à travers ses réflexions, ses actions et les différentes célébrations, à apporter sa contribution pour bâtir un monde juste et pacifique, dans un environnement porteur de vie.

D’entrée de jeu, la culture de la paix donner à penser et à vivre. Rappelons-nous ce préalable : il s’agit d’une « culture » c’est-à-dire une réalité qui s’apprend, qui se cultive, qui s’entretient, qui se développe afin de devenir une manière d’être, de vivre et de faire dans nos rapports humains avec soi-même et avec les autres.

Selon la définition des Nations Unies, « la culture de la paix est un ensemble de valeurs, attitudes, comportements et modes de vie qui rejettent la violence et préviennent les conflits en s’attaquant à leurs racines par le dialogue et la négociation entre les individus, les groupes et les Etats »1.

Acquérir une culture de la paix apparait comme une urgence vue l’avalanche des conflits dans le monde.                    Loin d’être seulement une absence de guerre, la paix est une valeur qui s’incarne dans le comportement individuel quand nous faisons le choix de la non-violence en paroles et en actes face à des situations de conflits. Ceci n’est pas tâche facile quand les victimes de violence sont livrées à elles -même sans possibilité de protection ni de dialogue suite à l’irresponsabilité des gouvernements. L’éducation à la paix est plus que jamais un outil pour lancer des processus qui aident à la transformation des comportements individuels en vue du respect de la vie et de la dignité de tout être. Point n’est besoin de démontrer que les frustrations engendrent des actions violentes. Celles – ci sont des plusieurs natures : agression verbale, physique, massacres d’une population, destruction des infrastructures. A ce niveau, la violence, dans sa force de mort devient source d’une déstabilisation sociale qui provoque des déplacements massifs, la misère et la dégradation de l’environnement. Comme le dit un adage ivoirien : « Quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre ».                             Nous sommes convaincues que l’éducation est un moyen efficace, vue sa capacité transformatrice des personnes et des sociétés, pour contribuer à la culture de la paix.  

1.Résolutions des Nations Unies A/RES/52/13 : culture de la paix et A/53/243 : Déclaration et Programme d’action sur une culture de la paix.

Eduquer à la paix nous conduira à choisir la non-violence en toute circonstance, une paix active qui nous engage en premier dans notre vie quotidienne, à travers la manière d’être soi-même (en paix avec sa personne), en famille, en communauté, au travail. Accueillir la paix comme un   levier qui oriente nos pensées et nos actions pourra aussi nous aider à déployer nos énergies positives pour favoriser l’attente, l’écoute, le dialogue sans discrimination et sans céder au fanatisme.

Si nous pouvons nous sentir dépasser par l’ampleur des conflits armés dans le monde, la culture de la paix est à la portée de tous, et nous pouvons y contribuer par la pacification de nos zones de violences intérieures.  Bien sûr que ce projet n’est possible que si nous accueillons le principe de la paix en nous laissant transformée de l’intérieur par sa parole : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » (Jn 20,21). Oui la paix commence d’abord en moi, dans mes relations, dans ma maison. Comment prier ou m’engager en faveur de la paix dans les pays en guerre, loin de moi peut être, quand il m’est difficile d’offrir un geste, une parole de paix à mon interlocuteur qui manifeste des attitudes agressives ? Comment promouvoir la culture de la paix si la différence culturelle n’est pas accueillie dans mon milieu de vie ? (Communauté, travail…). Un savoir être inclusif qui donne place au vivre ensemble dans la diversité, n’est-ce pas aussi un des moyens qui évite l’exclusion conduisant à une culture du rejet, cause des certaines formes violences quand les exclus revendiquent leur reconnaissance ?

 L’éducation à la paix nous permettra de développer les valeurs humaines, telle que l’écoute bienveillante, le respect, l’ouverture à l’autre. Intégrer ces valeurs comme un mode de vie permet d’anticiper, de prévenir, et de désamorcer les réactions violentes pour apaiser la tension par le dialogue et la pratique de la non-violence. Cela requiert un travail sur soi, un combat sur nos propres impulsions de vengeance, pour substituer la réplique agressive en choix des paroles et des gestes pacifiques. Nous cheminons donc ensemble, enracinés dans l’Evangile et le Magistère, convaincues que la culture de la paix renforce nos engagements pour un monde juste et nous fait percevoir chez toute personne de toute race, langue, nation et de toute religion, l’image de Dieu qui nous convie à la tâche d’humanisation pour un vivre ensemble meilleur.

Par cette démarche de « culture de la paix », projet qui mobilise toute notre famille Assomption, semons des graines qui, jour après jour, vont éclore comme des précieuses fleurs de paix dans nos cœurs, dans nos lieux de vie et dans le monde.

« La paix, elle aura ton visage – La paix, elle aura tous les âges.
La paix sera toi, sera moi, sera nous Et la paix sera chacun de nous » Chant de B. Rey

Sr. Marie Madeleine Kambumbu oa

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