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Encore un drame migratoire à la frontière de Melilla en Espagne

Point n’est besoin de faire une narration des évènements relatifs à la tragédie du 24 juin courant. Nous nous limitons de fixer le regard à notre engagement pour la Justice, la Paix et Intégrité de la Création afin de comprendre le fil du drame. En fait, sur cette terre, dans notre maison commune, y a-t-il un ayant droit et un sans-droit ? A la frontière de Melilla, le ciel a encore crié contre la perte en vies humaines de 23 personnes qui voulaient franchir forcément le mur frontalier qui sépare Nador (Maroc) de Melilla (Espagne). Après plusieurs jours de pourparlers entre la police marocaine et les 1700 migrés  voyageurs, rien  n’a pu convaincre les africains subsahariens de se soumettre aux ordres des autorités civils commises à Nador.  Finalement le 24 juin les africains se décidèrent de voyager en fil indien faisant 16 kilomètres jusqu’à  Melilla où les conditions de formalités soumises aux migrants sont souvent insupportables : Danger du soleil ardent, de la faim, de la soif,  du covid-19 et d’autres  maladies semblables…. Pour se sauver de ces dangers, les migrants  n’ont vu d’autres moyens que de recourir à leur «capacité d’oser». Ils surmontent le mur érigé pour délimiter les frontières entre l’Espagne et le Maroc. Le surpoids des personnes  montées sur la clôture murale et la défaillance de ce même mur ont occasionné, par son effondrement, 23 morts et plusieurs blessés (voir plus).

Les morts ont été exposés à même le sol pendant plusieurs heures avant d’être remis dans la morgue et enterrés lundi 27 juin. Comment ont-ils été identifiés avant leur enterrement?  Comment sont-elles assumées les responsabilités relatives à ce drame.

Avant tout, les images montrent comment sont bafoués les droits à une bonne mort  malgré qu’elle  survienne parfois dans des circonstances de témérité. Depuis mon arrivée dans ce pays d’occident je n’ai pas encore vu un seul corps exposé de cette façon, même en cas d’accident. Quelles sont les raisons justifiant l’exposition des morts migrants de Melilla dans cette forme ? Est-ce une indignation contre leur cause de mort ou veut-on simplement proclamer nuls leurs droits à la vie ?

Mais aussi,  dans un cas comme dans un autre, il serait bon de voir les modules d’un comportement violent, aussi bien du côté de la police comme aussi du côté des africains qui voulaient franchir la frontière de Melilla. Comment  se sentent-ils ces voyageurs en arrivant dans un poste frontalier d’immigration ? Ne serait-il pas plutôt recommandable de leur part un sentiment de satisfaction pour avoir franchi le désert et supporté la fatigue du chemin avec ses aléas ? Le fait d’être sous vigilance de la police ne devrait-il pas réveiller en eux un sentiment de sécurité au lieu d’un mécanisme de violence? Du côté des gouvernements qui expédient et qui reçoivent les migrants, ne faudrait-il pas commettre sur les frontières des agents de sécurité experts aux capacités de régler les conflits pacifiquement ? De quels moyens sont-ils dotés dans un lieu de travail  aussi problématique et violent ? Telles sont les questions que les politiques européennes devraient prendre en compte afin d’améliorer le service de migration.

Les quatre verbes inspirés par le Pape François en 2018: «accueillir, protéger, promouvoir et intégrer” nous rappellent que les déplacés ne doivent pas être vus seulement sous le stéréotype d’émigrés qui fuient naïvement leur terre. Il faut noter qu’ils peuvent être aussi des déplacés de guerre en recherche d’une protection ou bien encore de personnes obligées  ou poussées par force de sortir de leur terre. Et dans ces cas existentiels nous sommes appelés à leur venir en aide car ils revêtent le visage du Christ en même temps visible et invisible. 

Philippe Muhindo, a.a.

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