{"id":881,"date":"2020-04-12T11:14:17","date_gmt":"2020-04-12T11:14:17","guid":{"rendered":"https:\/\/jpic-assumpta.org\/?p=881"},"modified":"2020-04-12T11:26:05","modified_gmt":"2020-04-12T11:26:05","slug":"droit-a-lesperance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jpic-assumpta.org\/index.php\/2020\/04\/12\/droit-a-lesperance\/","title":{"rendered":"Droit \u00e0 l\u2019Esp\u00e9rance"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab Apr\u00e8s le sabbat \u00bb (Mt 28, 1) les femmes all\u00e8rent au tombeau. C\u2019est ainsi qu\u2019a commenc\u00e9 l\u2019Evangile de cette Veill\u00e9e sainte, avec le sabbat. C\u2019est le jour du Triduum pascal que nous n\u00e9gligeons le plus, pris par la fr\u00e9missante attente de passer de la croix du vendredi \u00e0 l\u2019alleluia du dimanche. Cette ann\u00e9e, cependant, nous percevons plus que jamais le samedi saint, le jour du grand silence. Nous pouvons nous retrouver dans les sentiments des femmes en ce jour. Comme nous, elles avaient dans les yeux le drame de la souffrance, d\u2019une trag\u00e9die inattendue arriv\u00e9e trop vite. Elles avaient vu la mort et avaient la mort dans leur c\u0153ur. A la souffrance s\u2019ajoutait la peur : leur sera-t-il r\u00e9serv\u00e9, \u00e0 elles aussi, le m\u00eame sort qu\u2019\u00e0 leur Ma\u00eetre ? Et puis les craintes pour l\u2019avenir, tout \u00e0 reconstruire. La m\u00e9moire bless\u00e9e, l\u2019esp\u00e9rance \u00e9touff\u00e9e. Pour elles c\u2019\u00e9tait l\u2019heure la plus sombre, comme pour nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais dans cette situation les femmes ne se laissent pas paralyser. Elles ne c\u00e8dent pas aux forces obscures de la lamentation et du regret, elles ne se renferment pas dans le pessimisme, elles ne fuient pas la r\u00e9alit\u00e9. Elles font quelque chose de simple et d\u2019extraordinaire : dans leurs maisons elles pr\u00e9parent les parfums pour le corps de J\u00e9sus. Elles ne renoncent pas \u00e0 l\u2019amour : dans l\u2019obscurit\u00e9 du c\u0153ur, elles allument la mis\u00e9ricorde. La Vierge, le samedi, jour qui lui sera d\u00e9di\u00e9, prie et esp\u00e8re. Dans le d\u00e9fi de la souffrance, elle a confiance dans le Seigneur. Ces femmes, sans le savoir, pr\u00e9paraient dans l\u2019obscurit\u00e9 de ce samedi \u00ab l\u2019aube du premier jour de la semaine \u00bb, le jour qui aurait chang\u00e9 l\u2019histoire. J\u00e9sus, comme une semence dans la terre, allait faire germer dans le monde une vie nouvelle ; et les femmes, par la pri\u00e8re et l\u2019amour, aidaient l\u2019esp\u00e9rance \u00e0 \u00e9clore. Combien de personnes, dans les jours tristes que nous vivons, ont fait et font comme ces femmes, en semant des germes d\u2019esp\u00e9rance ! Avec de petits gestes d\u2019attention, d\u2019affection, de pri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019aube, les femmes vont au s\u00e9pulcre. L\u00e0 l\u2019ange leur dit : \u00ab Vous, soyez sans crainte. Il n\u2019est pas ici, il est ressuscit\u00e9 \u00bb (vv.5-6). Devant une tombe, elles entendent des paroles de vie\u2026 Et ensuite elles rencontrent J\u00e9sus, l\u2019auteur de l\u2019esp\u00e9rance, qui confirme l\u2019annonce et dit : \u00ab Soyez sans crainte \u00bb (v. 10). N\u2019ayez pas peur, soyez sans crainte : voici l\u2019annonce d\u2019esp\u00e9rance. Elle est pour nous, aujourd\u2019hui. Aujourd\u2019hui ! Ce sont les paroles que Dieu nous r\u00e9p\u00e8te dans la nuit que nous traversons.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nuit nous conquerrons un droit fondamental, qui ne nous sera pas enlev\u00e9 : le droit \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance. C\u2019est une esp\u00e9rance nouvelle, vivante, qui vient de Dieu. Ce n\u2019est pas un simple optimisme, ce n\u2019est pas une tape sur l\u2019\u00e9paule ou un encouragement de circonstance, avec un sourire fuyant. Non ! C\u2019est un don du Ciel que nous ne pouvons pas nous procurer tout seuls. Tout ira bien, disons-nous avec t\u00e9nacit\u00e9 en ces semaines, nous agrippant \u00e0 la beaut\u00e9 de notre humanit\u00e9 et faisant monter du c\u0153ur des paroles d\u2019encouragement. Mais, avec les jours qui passent et les peurs qui grandissent, m\u00eame l\u2019esp\u00e9rance la plus audacieuse peut s\u2019\u00e9vaporer. L\u2019esp\u00e9rance de J\u00e9sus est autre. Elle introduit dans le c\u0153ur la certitude que Dieu sait tout tourner en bien, parce que, m\u00eame de la tombe, il fait sortir la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>La tombe est le lieu d\u2019o\u00f9 celui qui rentre ne sort pas. Mais J\u00e9sus est sorti pour nous, il est ressuscit\u00e9 pour nous, pour apporter la vie l\u00e0 o\u00f9 il y avait la mort, pour commencer une histoire nouvelle l\u00e0 o\u00f9 on avait mis une pierre dessus. Lui, qui a renvers\u00e9 le rocher \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la tombe, peut d\u00e9placer les rochers qui scellent notre c\u0153ur. Par cons\u00e9quent, ne c\u00e9dons pas \u00e0 la r\u00e9signation, ne mettons pas une pierre sur l\u2019esp\u00e9rance. Nous pouvons et nous devons esp\u00e9rer, parce que Dieu est fid\u00e8le. Il ne nous a pas laiss\u00e9 seuls, il nous a visit\u00e9 : il est venu dans chacune de nos situations, dans la souffrance, dans l\u2019angoisse, dans la mort. Sa lumi\u00e8re a illumin\u00e9 l\u2019obscurit\u00e9 du s\u00e9pulcre : aujourd\u2019hui il veut rejoindre les coins les plus obscures de la vie. S\u0153ur, fr\u00e8re, m\u00eame si dans ton c\u0153ur tu as enseveli l\u2019esp\u00e9rance, ne te rends pas : Dieu est plus grand. L\u2019obscurit\u00e9 et la mort n\u2019ont pas le dernier mot. Confiance, avec Dieu rien n\u2019est perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>Confiance : C\u2019est une parole qui dans l\u2019Evangile sort toujours de la bouche de J\u00e9sus. Une seule fois d\u2019autres la prononcent, pour dire \u00e0 une personne dans le besoin : \u00ab Confiance ! l\u00e8ve-toi, [J\u00e9sus] t\u2019appelle \u00bb (Mc 10, 49). C\u2019est lui, le Ressuscit\u00e9, qui nous rel\u00e8ve nous qui sommes dans le besoin. Si tu es faible et fragile sur le chemin, si tu tombes, ne crains pas, Dieu te tend la main et te dit : \u201cConfiance\u201d. Mais tu pourrais dire, comme don Abbondio : \u00ab La confiance, personne ne peut se la donner \u00bb ( I Promessi Sposi &#8211; Les fianc\u00e9s, XXV). Tu ne peux pas te la donner, mais tu peux la recevoir, comme un don. Il suffit d\u2019ouvrir ton c\u0153ur dans la pri\u00e8re, il suffit de soulever un peu cette pierre mise \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de ton c\u0153ur pour laisser entrer la lumi\u00e8re de J\u00e9sus. Il suffit de l\u2019inviter : \u201cViens, J\u00e9sus, dans mes peurs et dis-moi aussi : Confiance\u201d. Avec toi, Seigneur, nous serons \u00e9prouv\u00e9s mais non \u00e9branl\u00e9s. Et, quelle que soit la tristesse qui habite en nous, nous sentirons devoir esp\u00e9rer, parce qu\u2019avec toi la croix d\u00e9bouche sur la r\u00e9surrection, parce que tu es avec nous dans l\u2019obscurit\u00e9 de nos nuits : tu es certitude dans nos incertitudes, Parole dans nos silences, et rien ne pourra jamais nous voler l\u2019amour que tu nourris pour nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 l\u2019annonce pascale, une annonce d\u2019esp\u00e9rance. Elle contient une deuxi\u00e8me partie, l\u2019envoi. \u00ab Allez annoncer \u00e0 mes fr\u00e8res qu\u2019ils doivent se rendre en Galil\u00e9e \u00bb (Mt 28, 10), dit J\u00e9sus. \u00ab Il vous pr\u00e9c\u00e8de en Galil\u00e9e \u00bb (v. 7), dit l\u2019ange. Le Seigneur nous pr\u00e9c\u00e8de, il nous pr\u00e9c\u00e8de toujours. Il est beau de savoir qu\u2019il marche devant nous, qu\u2019il a visit\u00e9 notre vie et notre mort pour nous pr\u00e9c\u00e9der en Galil\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire dans le lieu qui pour lui et pour ses disciples rappelait la vie quotidienne, la famille, le travail. J\u00e9sus d\u00e9sire que nous portions l\u2019esp\u00e9rance l\u00e0, dans la vie de chaque jour. Mais la Galil\u00e9e, pour les disciples, c\u2019\u00e9tait aussi le lieu des souvenirs, surtout du premier appel. Retourner en Galil\u00e9e c\u2019est se souvenir d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 aim\u00e9s et appel\u00e9s par Dieu. Chacun d\u2019entre nous a sa propre Galil\u00e9e. Nous avons besoin de reprendre le chemin, en nous rappelant que nous naissons et renaissons d\u2019un appel gratuit d\u2019amour, l\u00e0, dans ma Galil\u00e9e. Cela est le point d\u2019o\u00f9 repartir toujours, surtout dans les crises, dans les temps d\u2019\u00e9preuve, en me souvenant de ma Galil\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a plus. La Galil\u00e9e \u00e9tait la r\u00e9gion la plus \u00e9loign\u00e9e d\u2019o\u00f9 ils se trouvaient, de J\u00e9rusalem. Et pas seulement g\u00e9ographiquement : la Galil\u00e9e \u00e9tait le lieu le plus distant de la sacralit\u00e9 de la Ville sainte. C\u2019\u00e9tait une r\u00e9gion peupl\u00e9e de gens divers qui pratiquaient des cultes vari\u00e9s : c\u2019\u00e9tait la \u00ab Galil\u00e9e des nations \u00bb (Mt 4, 15). J\u00e9sus envoie l\u00e0, il demande de repartir de l\u00e0. Qu\u2019est-ce que cela nous dit ? Que l\u2019annonce de l\u2019esp\u00e9rance ne doit pas \u00eatre confin\u00e9e dans nos enceintes sacr\u00e9es, mais doit \u00eatre port\u00e9e \u00e0 tous. Parce que tous ont besoin d\u2019\u00eatre encourag\u00e9s et, si nous ne le faisons pas nous, qui avons touch\u00e9 de la main \u00ab le Verbe de vie \u00bb (1 Jn 1, 1), qui le fera ? Qu\u2019il est beau d\u2019\u00eatre des chr\u00e9tiens qui consolent, qui portent les poids des autres, qui encouragent : annonciateurs de vie en temps de mort ! En chaque Galil\u00e9e, en chaque r\u00e9gion de cette humanit\u00e9 \u00e0 laquelle nous appartenons et qui nous appartient, parce que nous sommes tous fr\u00e8res et s\u0153urs, portons le chant de la vie ! Faisons taire le cri de mort, \u00e7a suffit les guerres ! Que s\u2019arr\u00eate la production et le commerce des armes, parce que c\u2019est de pain et non de fusils dont nous avons besoin. Que cessent les avortements, qui tuent la vie innocente. Que s\u2019ouvrent les c\u0153urs de ceux qui ont, pour remplir les mains vides de ceux qui sont priv\u00e9s du n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes, \u00e0 la fin, \u00ab embrass\u00e8rent les pieds \u00bb de J\u00e9sus (Mt 28, 9), ces pieds qui pour venir \u00e0 leur rencontre avaient fait un long chemin, jusqu\u2019\u00e0 entrer et sortir de la tombe. Elles embrass\u00e8rent les pieds qui avaient pi\u00e9tin\u00e9 la mort et ouvert le chemin de l\u2019esp\u00e9rance. Nous, p\u00e8lerins en recherche d\u2019esp\u00e9rance, aujourd\u2019hui nous nous serrons contre toi, J\u00e9sus Ressuscit\u00e9. Nous tournons le dos \u00e0 la mort et nous t\u2019ouvrons nos c\u0153urs, toi qui es la Vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Hom\u00e9lie du Pape Fran\u00e7ois. Veill\u00e9e pascale de la Nuit Sainte. 11 avril 2020<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Apr\u00e8s le sabbat \u00bb (Mt 28, 1) les femmes all\u00e8rent au tombeau. C\u2019est ainsi qu\u2019a commenc\u00e9 l\u2019Evangile de cette Veill\u00e9e sainte, avec le sabbat. C\u2019est le jour du Triduum pascal que nous n\u00e9gligeons le plus, pris par la fr\u00e9missante attente de passer de la croix du vendredi \u00e0 l\u2019alleluia du dimanche. 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